بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ

Science 6 — Langue arabe

عُلُومُ اللُّغَة

Ier – XXe siècle · L'outillage de toutes les sciences · Naḥw, ṣarf, balāġa, lexicographie, métrique, philologie.

Toutes les sciences religieuses dépendent d'une compréhension précise de la langue arabe. Quand l'islam s'étend à des populations non arabophones, la préservation de la lecture coranique devient une urgence. De ce besoin naissent, dès le Ier siècle, la grammaire (naḥw), la morphologie (ṣarf), la rhétorique (balāġa), la lexicographie, la métrique et la philologie.

Étapes

المَرَاحِل
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Origine : préservation de la lecture coranique

Ier H. · Baṣra, Kūfa
L'arrivée massive de non-arabophones dans la Umma fait apparaître des erreurs de lecture. Abū al-Aswad al-Duʾalī pose les premiers points diacritiques sur ordre de ʿAlī.
Abū al-Aswad al-Duʾalī ʿAlī ibn Abī Ṭālib Naqṭ

Étapes

  • Abū al-Aswad al-Duʾalī (m. 688) · pose les premiers points pour distinguer les voyelles (fatḥa, kasra, ḍamma).
  • Naṣr ibn ʿĀṣim et Yaḥyā ibn Yaʿmar · distinguent les lettres consonantiques par des points (ʿiǧām).
  • al-Ḫalīl ibn Aḥmad (m. 791) · fixe les signes voyellisation actuels (fatḥa, kasra, ḍamma, sukūn, šadda, madda).
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Écoles rivales : Baṣra et Kūfa

IIe–IIIe H.
Deux écoles concurrentes structurent la grammaire arabe naissante : Baṣra (plus systématique) et Kūfa (plus large dans ses sources).
Baṣra Kūfa

Baṣra

  • Abū ʿAmr ibn al-ʿAlāʾ (m. 770), al-Ḫalīl ibn Aḥmad, Sībawayh, al-Aṣmaʿī, al-Aḫfaš, al-Māzinī, al-Mubarrad.
  • Méthode : règles strictes, fondées sur les usages purs des grands tribus bédouines.

Kūfa

  • al-Kisāʾī (m. 805), al-Farrāʾ (m. 822) — Maʿānī al-Qurʾān, Ṯaʿlab.
  • Méthode : plus tolérante, accepte des usages variés et des exceptions.

Synthèse bagdadienne

Au IVe siècle, l'école de Bagdad réconcilie les deux traditions (Ibn al-Sarrāǧ, al-Zaǧǧāǧī, Ibn Ǧinnī).

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al-Ḫalīl et Sībawayh

IIe H. · Baṣra
Maître et élève : al-Ḫalīl invente la lexicographie et la métrique ; Sībawayh fixe la grammaire arabe pour tous les siècles à venir.
al-Ḫalīl Sībawayh al-Kitāb

al-Ḫalīl ibn Aḥmad al-Farāhīdī (m. 791)

  • Kitāb al-ʿAyn · premier dictionnaire arabe organisé phonétiquement.
  • Fondation de la métrique arabe (ʿarūḍ) — seize mètres classiques.
  • Théorie des points diacritiques actuels.

Sībawayh (m. 796)

  • D'origine perse, élève d'al-Ḫalīl à Baṣra.
  • al-Kitāb · première et plus grande grammaire de l'arabe, jamais surpassée. Modèle pour toutes les grammaires ultérieures.
  • Mort jeune (~32 ans), son œuvre est complétée par al-Aḫfaš puis al-Mubarrad.
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Maturation classique

IIIe–Ve H. · Bagdad, Khorasan, Andalousie
La grammaire devient une science formellement systématisée. Naissance de la philologie au sens fort avec Ibn Ǧinnī.
al-Mubarrad Ibn Ǧinnī al-Zamaḫšarī

Grands grammairiens

  • al-Mubarrad (m. 898) — al-Muqtaḍab, al-Kāmil.
  • Ibn al-Sarrāǧ (m. 928) — al-Uṣūl fī al-naḥw, première systématisation des principes.
  • al-Zaǧǧāǧī (m. 949) — al-Īḍāḥ fī ʿilal al-naḥw, théorisation des « causes » de la grammaire.
  • Ibn Ǧinnī (m. 1002) — al-Khaṣāʾiṣ, al-Munṣif. Philosophie de la langue : étymologie, dérivation, phonétique.
  • al-Zamaḫšarī (m. 1144) — al-Mufaṣṣal fī ṣanʿat al-iʿrāb, Asās al-balāġa.
  • Ibn Hišām al-Anṣārī (m. 1360) — Muġnī al-labīb, Šuḏūr al-ḏahab, Qaṭr al-nadā.
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Manuels pédagogiques durables

VIIe–Xe H.
Manuels versifiés et abrégés qui forment encore aujourd'hui des générations d'élèves.
Alfiyya al-Āǧurrūmiyya

Manuels classiques

  • Ibn Mālik (m. 1274) — Alfiyya (mille vers de grammaire), al-Kāfiya al-šāfiya, al-Tashīl.
  • Ibn ʿAqīl (m. 1367) — Šarḥ al-Alfiyya, le plus enseigné des commentaires.
  • al-Ašmūnī (m. 1495) — Šarḥ al-Alfiyya.
  • Ibn Āǧurrūm (m. 1323, Fès) — al-Āǧurrūmiyya, manuel introductif universel.
  • al-Ḥarīrī (m. 1122) — Maqāmāt, art littéraire et virtuosité linguistique.
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Lexicographie

IIe–Xe H.
Grands dictionnaires arabes, du Kitāb al-ʿAyn d'al-Ḫalīl au Lisān al-ʿArab d'Ibn Manẓūr.
Lisān al-ʿArab al-Qāmūs

Grands dictionnaires

  • al-Ḫalīl ibn AḥmadKitāb al-ʿAyn.
  • al-Azharī (m. 980) — Tahḏīb al-luġa.
  • al-Ǧawharī (m. 1003) — al-Ṣiḥāḥ.
  • Ibn Sīda (m. 1066, Andalousie) — al-Muḫaṣṣaṣ, al-Muḥkam.
  • al-ZamaḫšarīAsās al-balāġa.
  • Ibn Manẓūr (m. 1311) — Lisān al-ʿArab, somme de référence.
  • al-Fayrūzābādī (m. 1414) — al-Qāmūs al-muḥīṭ.
  • al-Zabīdī (m. 1791) — Tāǧ al-ʿarūs, commentaire du Qāmūs.
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Balāġa et iʿǧāz

IIIe–VIIIe H.
La science de l'éloquence se développe à partir de la question de l'iʿǧāz du Coran. Trois branches : maʿānī, bayān, badīʿ.
al-Ǧurǧānī al-Saǧkākī

Étapes

  • al-Ǧāḥiẓ (m. 869) — al-Bayān wa-l-tabyīn, premiers fondements.
  • Ibn QutaybaTaʾwīl muškil al-Qurʾān.
  • al-BāqillānīIʿǧāz al-Qurʾān.
  • ʿAbd al-Qāhir al-Ǧurǧānī (m. 1078) — Dalāʾil al-iʿǧāz, Asrār al-balāġa. Théorie du naẓm.
  • al-Zamaḫšarī — application au Coran dans le Kaššāf.
  • al-Saǧkākī (m. 1229) — Miftāḥ al-ʿulūm, distinction des trois sciences (maʿānī, bayān, badīʿ).
  • al-Qazwīnī (m. 1338) — Talḫīṣ al-Miftāḥ, manuel de référence.
  • al-Suyūṭīal-Itqān fī ʿulūm al-Qurʾān.
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Langue arabe à l'époque moderne

XIXe–XXe siècle
La nahḍa réveille la philologie arabe ; les académies modernisent le lexique ; l'arabe devient langue d'État dans les pays arabes indépendants.
Nahḍa Académies

Figures et institutions

  • Buṭrus al-Bustānī (m. 1883) · Muḥīṭ al-muḥīṭ, premier dictionnaire moderne.
  • al-Yāziǧī, Aḥmad Fāris al-Šidyāq, Ibrāhīm al-Yāziǧī.
  • Aḥmad Tīmūr, Aḥmad Ḥasan al-Zayyāt.
  • Académies arabes · Damas (1919), Le Caire (1932), Bagdad (1947) — modernisation du lexique technique et scientifique.
  • Maḥmūd Šākir (m. 1997), Muḥammad ʿAbd al-Khāliq ʿUḍayma, Tammām Ḥassān — philologie et linguistique.