بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ

Science 5 — ʿAqīda

العَقِيدَة

Ier – XXe siècle H. · Le creed des Salaf, transmis et défendu · Voie athari, courants déviants, miḥna, kalām, renouveau.

La ʿaqīda, ce n'est pas une « science » née au IIIe siècle : c'est le creed transmis par le Prophète ﷺ à ses Compagnons, puis aux Tābiʿūn et aux quatre imāms. Cette page raconte comment cette voie des Salaf (athari) a été préservée face aux courants apparus tardivement (ǧahmiyya, muʿtazila, puis kalām ašʿarite et māturīdite), de la miḥna jusqu'à Ibn Taymiyya, puis au renouveau najdi et au XXe siècle.

Étapes

المَرَاحِل
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Le creed des Salaf

Ier–IIe H. · Médine, Mecque, Kūfa, Baṣra
La ʿaqīda originelle, transmise du Prophète ﷺ aux Compagnons, aux Tābiʿūn et aux quatre imāms. Affirmation des noms et attributs sans taʾwīl, tafwīḍ ni tašbīh.
Compagnons Tābiʿūn Quatre imāms

Principes du creed des Salaf

  • Tawḥīd al-rubūbiyya, al-ulūhiyya, al-asmāʾ wa-l-ṣifāt.
  • Affirmation de tous les noms et attributs d'Allāh tels qu'ils sont rapportés dans le Coran et la sunna, sans ta'wīl (réinterprétation), sans tafwīḍ du sens (renvoi à l'ignorance), sans tašbīh (assimilation) ni taʿṭīl (négation).
  • L'imān comporte la parole et l'acte ; il augmente par l'obéissance et diminue par le péché.
  • Le Coran est la parole d'Allāh, non créée.
  • Foi en la prédestination (qadar) : tout vient d'Allāh par sa science, sa volonté et sa puissance.
  • Obéissance aux gouvernants musulmans dans le bien, sans révolte armée.
  • Amour pour les Compagnons et silence sur leurs différends.

Transmetteurs principaux

Abū Bakr ʿUmar ʿAlī Ibn ʿAbbās Ibn ʿUmar Saʿīd ibn al-Musayyib al-Ḥasan al-Baṣrī al-Zuhrī
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Apparition des courants opposés

Ier–IIIe H. · Baṣra, Damas, Bagdad
Après la fitna, plusieurs courants apparaissent qui rompent avec le creed des Salaf sur des points précis : khawārij, qadariyya, murǧiʾa, ǧahmiyya, puis muʿtazila.
Khawārij Qadariyya Ǧahmiyya Muʿtazila

Premiers courants

  • Khawārij · sortis à Ṣiffīn (657) ; déclarent mécréant tout musulman fautif.
  • Qadariyya · Maʿbad al-Ǧuhanī, Ġaylān al-Dimašqī ; nient la prédestination.
  • Ǧabriyya · au contraire, suppriment toute liberté humaine.
  • Murǧiʾa · l'imān se réduit à la croyance du cœur ; les œuvres n'en font pas partie.
  • Šīʿa · contours politico-théologiques distincts dès le Ier siècle.

Ǧahmiyya et muʿtazila

  • Ǧahm ibn Ṣafwān (m. 745) · nie les attributs d'Allāh, affirme la création du Coran. Réfuté en son temps par Aḥmad ibn Ḥanbal — al-Radd ʿalā al-Ǧahmiyya, par Ibn al-Mubārak et par al-Buḫārī — Khalq afʿāl al-ʿibād.
  • Muʿtazila · Wāṣil ibn ʿAṭāʾ (m. 748), Abū al-Huḏayl (m. 850), al-Naẓẓām (m. 836), al-Ǧāḥiẓ (m. 869), al-Ǧubbāʾī, al-Qāḍī ʿAbd al-Ǧabbār (m. 1024). « Cinq fondements » : tawḥīd (lu comme négation des attributs), justice, promesse-menace, statut intermédiaire, ordonner le convenable.
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La miḥna et la résistance d'Aḥmad ibn Ḥanbal

218 – 232 H. · 833 – 848 · Bagdad, Samarra
Trois califes abbassides imposent par la force la doctrine muʿtazilite du « Coran créé ». Aḥmad ibn Ḥanbal résiste en prison ; sa fermeté consacre publiquement la voie des Salaf.
Aḥmad ibn Ḥanbal al-Maʾmūn Miḥna

Déroulé

  • al-Maʾmūn (218 H. / 833) institue l'épreuve du « Coran créé », à la fin de son règne.
  • Aḥmad ibn Ḥanbal et un petit nombre de muḥaddiṯūn refusent, sont emprisonnés et flagellés.
  • al-Muʿtaṣim et al-Wāṯiq poursuivent.
  • al-Mutawakkil (232 H. / 848) met fin à la miḥna et rétablit le creed des Salaf comme position officielle.

Conséquence

La résistance d'Aḥmad imprime durablement la conscience sunnite : la voie des Salaf est associée à la fermeté doctrinale, et le muʿtazilisme perd toute légitimité officielle.

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Fixation écrite du creed des Salaf

IIIe–Ve H. · Bagdad, Khorasan, Bukhārā, Égypte
À partir du IIIe siècle, les grands muḥaddiṯūn et imāms athari mettent par écrit le creed des Salaf en traités courts ou en sommes monumentales.
Aḥmad al-Buḫārī al-Ṭaḥāwī al-Lālakāʾī

Œuvres-piliers du creed athari

  • Aḥmad ibn Ḥanbal (m. 855) — Uṣūl al-Sunna, al-Radd ʿalā al-Ǧahmiyya wa-l-Zanādiqa.
  • al-Buḫārī (m. 870) — Khalq afʿāl al-ʿibād, al-Adab al-mufrad, le « livre de la foi » dans son Ṣaḥīḥ.
  • ʿUṯmān ibn Saʿīd al-Dārimī (m. 894) — al-Radd ʿalā al-Ǧahmiyya, al-Naqḍ ʿalā Bišr al-Marīsī.
  • Ibn Qutayba (m. 889) — al-Iḫtilāf fī al-lafẓ, Taʾwīl muḫtalif al-ḥadīṯ.
  • Abū Ǧaʿfar al-Ṭaḥāwī (m. 933) — al-ʿAqīda al-Ṭaḥāwiyya, exposé concis du creed des Salaf accepté par les ahl al-sunna.
  • Ibn Abī Zamanīn (m. 399 H.) — Uṣūl al-sunna.
  • Ibn Baṭṭa al-ʿUkbarī (m. 387 H.) — al-Ibāna ʿan šarīʿat al-firqa al-nāǧiya.
  • al-Lālakāʾī (m. 418 H.) — Šarḥ uṣūl iʿtiqād ahl al-sunna wa-l-ǧamāʿa, recueil massif d'aṯār.
  • Ibn Manda (m. 1005) — Kitāb al-Imān, Kitāb al-Tawḥīd.
  • Abū Nuʿaym al-Aṣbahānī (m. 1038) — Ḥilyat al-awliyāʾ.
  • al-Bayhaqī (m. 1066) — al-Asmāʾ wa-l-ṣifāt, al-Iʿtiqād.
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Apparition du kalām : ašʿarisme et māturīdisme

IVe–VIe H. · Baṣra, Samarcande
Deux écoles nouvelles utilisent la méthode rationnelle du kalām pour défendre le sunnisme. Distinctes de la voie des Salaf par leur méthode et par certains points sur les attributs.
al-Ašʿarī al-Māturīdī al-Ǧuwaynī al-Rāzī

Naissance

  • Abū al-Ḥasan al-Ašʿarī (m. 936) · ancien muʿtazilite, rompt publiquement avec eux à Baṣra. Sa dernière œuvre al-Ibāna ʿan uṣūl al-diyāna revient en partie au creed des Salaf et déclare suivre Aḥmad.
  • Abū Manṣūr al-Māturīdī (m. 944, Samarcande) — Kitāb al-Tawḥīd, fonde l'école māturīdite en milieu ḥanafite.

Développement ašʿarite

  • al-Bāqillānī (m. 1013), Ibn Fūrak (m. 1015), al-Bayhaqī (m. 1066, plus proche des Salaf), al-Ǧuwaynī (m. 1085).
  • al-Ġazālī (m. 1111) — al-Iqtiṣād fī al-iʿtiqād, position ašʿarite avec une revalorisation de la voie des Salaf à la fin de sa vie (Ilǧām al-ʿawāmm).
  • Fakhr al-Dīn al-Rāzī (m. 1210) — Asās al-taqdīs, al-Maṭālib al-ʿāliya ; sommet du kalām ašʿarite-philosophique.
  • al-Āmidī, al-Ǧurǧānī, al-Taftāzānī, al-Sanūsī.

Différence avec la voie des Salaf

L'ašʿarisme et le māturīdisme acceptent une partie des attributs « rationnels » (sept ou treize), mais procèdent à la taʾwīl (réinterprétation) ou au tafwīḍ sur d'autres attributs (main, visage, istiwāʾ…). Les athari récusent cette démarche : les attributs sont affirmés tels qu'Allāh les a affirmés pour Lui-même, sans en altérer le sens.

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Renouveau athari : Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim

VIIe–VIIIe H. · Damas, Le Caire
Ibn Taymiyya restaure massivement la voie des Salaf face au kalām, à la philosophie et au taṣawwuf déviant. Ibn al-Qayyim prolonge l'œuvre.
Ibn Taymiyya Ibn al-Qayyim Ibn Qudāma

Précurseur immédiat

  • Ibn Qudāma al-Maqdisī (m. 1223) — Lumʿat al-iʿtiqād, Iṯbāt ṣifat al-ʿuluww, Ḏamm al-taʾwīl.
  • ʿAbd al-Ġanī al-Maqdisī (m. 1203) — al-Iqtiṣād fī al-iʿtiqād.

Ibn Taymiyya (m. 1328)

  • al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, al-Ḥamawiyya, al-Tadmuriyya — exposés synthétiques du creed athari.
  • Darʾ taʿāruḍ al-ʿaql wa-l-naql — réfutation systématique de la prétendue contradiction entre raison et révélation.
  • Minhāǧ al-sunna al-nabawiyya — réfutation de la šīʿa imāmite.
  • al-Furqān bayna awliyāʾ al-Raḥmān wa-awliyāʾ al-Šayṭān, al-ʿUbūdiyya, Iqtiḍāʾ al-ṣirāṭ al-mustaqīm.
  • Maǧmūʿ al-fatāwā · vaste corpus rassemblé par Ibn Qāsim et son fils.

Ibn al-Qayyim al-Ǧawziyya (m. 1350)

  • Madāriǧ al-sālikīn, Zād al-maʿād, al-Ṣawāʿiq al-mursala, al-Nūniyya (al-Kāfiya al-šāfiya), Iǧtimāʿ al-ǧuyūš al-islāmiyya.

Élèves et prolongements

  • Ibn Kaṯīr (m. 1373) · disciple en exégèse et histoire.
  • al-Ḏahabī (m. 1348) · ami et disciple en sciences du ḥadīṯ — al-ʿUluww li-l-ʿAliyy al-Ġaffār.
  • Ibn Raǧab al-Ḥanbalī (m. 1393) — Ǧāmiʿ al-ʿulūm wa-l-ḥikam.
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Renouveau najdi

XIIe H. · 1744 + · Najd
Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb relance la voie des Salaf au cœur de l'Arabie centrale, dans la ligne directe d'Ibn Taymiyya.
M. ibn ʿAbd al-Wahhāb Kitāb al-Tawḥīd

Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb (m. 1792)

  • Kitāb al-Tawḥīd, Kashf al-šubuhāt, al-Uṣūl al-ṯalāṯa, al-Qawāʿid al-arbaʿ.
  • Accent sur le tawḥīd al-ulūhiyya et la lutte contre les pratiques de širk autour des tombes et des « saints ».
  • Alliance avec Muḥammad ibn Saʿūd (1744) qui donne naissance au premier État saoudien.

Élèves et prolongements (XIIIᵉ–XIVᵉ H.)

  • Ses fils et petits-fils (al-Durar al-saniyya).
  • Sulaymān ibn ʿAbd Allāh ibn MuḥammadTaysīr al-ʿAzīz al-Ḥamīd (commentaire du Kitāb al-Tawḥīd).
  • ʿAbd al-Raḥmān ibn ḤasanFatḥ al-Maǧīd.
  • al-Šawkānī (m. 1834) au Yémen, dans une ligne convergente.
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XXe siècle athari

XXe–XXIe siècle · Arabie, Levant, monde musulman
Trois grandes figures structurent la diffusion contemporaine du creed athari : al-Albānī, Ibn Bāz, al-ʿUṯaymīn. À leur suite, une école entière.
al-Albānī Ibn Bāz al-ʿUṯaymīn

Figures structurantes

  • Muḥammad Nāṣir al-Dīn al-Albānī (m. 1999) · relance massive de la science du ḥadīṯ et du creed athari (Silsilat al-aḥādīṯ al-ṣaḥīḥa, nombreux taḥqīq).
  • ʿAbd al-ʿAzīz ibn Bāz (m. 1999) · grand muftī d'Arabie, vaste corpus de fatāwā et de commentaires (Maǧmūʿ fatāwā).
  • Muḥammad ibn Ṣāliḥ al-ʿUṯaymīn (m. 2001) — Šarḥ al-ʿAqīda al-Wāsiṭiyya, al-Qawāʿid al-muṯlā, Šarḥ al-Mumtiʿ, Šarḥ Riyāḍ al-ṣāliḥīn.
  • Muqbil al-Wādiʿī (m. 2001, Yémen) · enseignement du ḥadīṯ et du creed.
  • Ṣāliḥ al-Fawzānal-Iršād ilā ṣaḥīḥ al-iʿtiqād, al-Mulakhkhaṣ al-fiqhī.
  • ʿAbd al-Muḥsin al-ʿAbbād, Ṣāliḥ Āl al-Šaykh, ʿAbd al-Razzāq al-Badr.

Antécédents proches

  • ʿAbd al-Raḥmān ibn Saʿdī (m. 1956) — Taysīr al-karīm al-raḥmān (tafsīr), al-Qawāʿid al-ḥisān.
  • Muḥammad al-Amīn al-Šanqīṭī (m. 1973) — Aḍwāʾ al-bayān.